Moduler l'intensité

Publié le 26 avril 2026Coaching sportif

Remettre la technique à sa place

J’aime explorer des perspectives différentes sur le coaching sportif, le yoga et la méditation — des domaines où il est pourtant si facile de se laisser guider uniquement par la technique. Pour moi, c’est presque un geste politique que de remettre la technique à sa juste place, dans une société technocratique qui en a fait une fin en soi, en oubliant sa finalité.

Car à quoi servent réellement les techniques posturales du yoga, les méthodes d’entraînement en course à pied, ou les pratiques de l’attention méditative ?

Je ne crois pas que la performance soit la réponse. Au contraire, si la technique ne servait qu’à nous rendre plus performants, elle risquerait de nous déshumaniser davantage. Les méthodes sont utiles, bien sûr, mais elles restent des moyens. L’essentiel est ailleurs : dans ce qu’elles révèlent en nous.

Prenons l’exemple de la course à pied. On peut passer des heures à suivre des modèles d’entraînement, avec l’espoir flou de devenir un jour plus rapide. Mais que cherchons-nous réellement derrière cette quête de vitesse ? Et surtout : cela vaut-il la peine de “se mettre dans le dur” pour satisfaire un désir mal défini, projeté dans un futur incertain ?

Derrière la performance : l’aisance

Revenons à cette question : que cherchons-nous derrière la rapidité ? Une réponse assez universelle me semble être l’aisance. Une aisance avec soi-même, qui passe par la reconnaissance de nos possibilités ; une aisance dans la course, où l’effort devient fluide, presque évident.

Alors pourquoi repousser cette aisance à plus tard ? Pourquoi continuer à adhérer à cette croyance : “je souffre maintenant, mais ce sera plus facile un jour” ?

J’aimerais proposer une autre perspective : ne pas remettre à plus tard cette aisance, mais l’inviter dès maintenant. Faire de l’entraînement — même intense — un espace de modulation et de variation.

Sortir du “dur”

Prenons un exemple concret : une séance de vélocité à VO2 max, composée de 6 répétitions de 2 minutes d’effort et 2 minutes de récupération. Spontanément, notre attention se fixe sur le “dur”. Nous cherchons à le quantifier : une allure précise, une fréquence cardiaque, une donnée objective et rassurante.

Mais la réalité est plus nuancée. Ces métriques restent imparfaites, et nous ne sommes pas des machines. Notre énergie varie d’un jour à l’autre ; notre perception de l’effort fluctue selon notre état physique, émotionnel et mental. Les travaux de Véronique Billat l’ont bien montré : des indicateurs comme la VMA ne sont pas des repères absolus.

Alors, comment aborder ce fameux “dur” ?

Peut-être en cessant déjà de le nommer ainsi. En le considérant plutôt comme une zone d’intensité, propre à notre état du moment. Une zone, et non une valeur fixe : un espace dans lequel on peut moduler.

Concrètement, durant ces 2 minutes d’effort, on pourrait accélérer progressivement jusqu’à atteindre une intensité élevée, puis décélérer doucement sur la fin de l’intervalle. Les recherches montrent que cette modulation permet de rester à VO2 max, même en ralentissant.

L’importance du ressenti

Mais au-delà de la physiologie, la dimension psychologique est essentielle. S’autoriser à ralentir crée un véritable relâchement, parfois profond, tout en maintenant une stimulation intense du corps. L’entraînement devient alors un espace d’écoute.

Vu sous cet angle, le fractionné n’est plus une épreuve à subir, mais un terrain d’exploration. On y développe une sensation fine de l’effort, une intelligence du corps. Ni complaisance, ni rigidité mécanique : une justesse.

Je ne propose pas de jeter les méthodes, mais de les habiter autrement. À l’intérieur d’une structure, ce qui compte est la capacité à moduler, à varier, à trouver les bonnes nuances — à créer, en somme, sa propre mélodie.

Entrer dans le vivant

Car c’est de notre vivant dont il s’agit. Et le vivant n’est jamais linéaire : il est fait d’ajustements, d’auto-régulations, de mouvements. La vie est un processus dynamique, profondément intelligent.

Autant entrer dedans — même en courant.