J’ai participé pour la deuxième fois au séminaire Anytime Anywhere Meditation animé par Mingyur Rinpoche. Voici un résumé des principaux points qui peuvent nous être utiles sur le coussin de méditation et dans la vie quotidienne.
Ça nous arrive souvent : “on est assis sur notre coussin de méditation, on sent quelque chose qui est un peu tendu dans notre corps, et on bouge pour retrouver un certain confort”. Ce petit mouvement ici physique est, dans la vision bouddhiste, une expression de la compassion, car que cherchons-nous d’autre que de ne pas souffrir ? Mingyur Rinpoche affirme que chacun de nos mouvements — qu’ils soient physiques, mentaux, émotionnels — est une façon de chercher le bonheur (amour) et de ne pas souffrir (compassion).
Et il en est de même pour des comportements ou des émotions considérées généralement comme négatives, telles que la colère, la peur, le besoin de contrôle ou encore le jugement que nous portons sur nous-mêmes. Derrière chacune de ces réactions se trouve une tentative, souvent maladroite, de chercher le bonheur et de s’éviter de la souffrance.
Se pose alors la question de pourquoi ces tentatives de trouver le bonheur et d’éviter la souffrance restent insatisfaisantes?
Parce que derrière elle, nous cherchons quelque chose d’impossible que le bouddhisme décrit en trois termes :
- la permanence
- la singularité
- l’indépendance
Nous croyons que les choses sont permanentes alors qu’elles changent sans cesse. Nous nous vivons comme des êtres séparés et indépendants alors que nous sommes pris dans un tissu d’interdépendance, et nous accordons à notre identité une solidité qu’elle n’a pas.
En d’autres termes, nous cherchons une réalité qui n’existe pas. Dans le bouddhisme, on appelle ça l’ignorance. L’ignorance ne désigne pas un manque de connaissances. Elle correspond à une manière erronée de percevoir la réalité.
De l’ignorance naît naturellement l’attachement et la version qui sont, dans le bouddhisme traditionnel, désignées comme des poisons ou les causes de la souffrance. Nous passons notre temps à vouloir retenir ce qui nous plaît et à repousser ce qui nous déplaît. Nous dépensons donc une énergie considérable à lutter contre les choses telles qu’elles ont, soit pour les retenir, soit pour les repousser.
À force de répéter ces réactions, elles deviennent des habitudes. Le bouddhisme parle alors d’empreintes karmiques : des conditionnements qui finissent par fonctionner en pilote automatique. Et de ces réactions conditionnées, émerge encore plus de souffrance. Nous voyons là le cercle vicieux, aussi appelé le samsara.
Ce sont ces habitudes aussi appelées kleshas qui voilent notre nature profonde. C’est cette nature profonde que le bouddhisme et la méditation en général nous propose de reconnaître et recontacter. Car c’est cette nature profonde qui est la véritable source d’un bonheur durable.
Quelles sont les qualités de notre nature profonde, aussi appelée nature de Bouddha ? Notre nature innée est consciente, en anglais, pleine d’amour et de compassion, et sage.
Ces trois qualités — la conscience (awareness), l’amour-compassion et la sagesse — sont inséparables :
- La conscience est la capacité même de faire l’expérience. Ce n’est pas la conscience de quelque chose, c’est la conscience elle-même.
- La sagesse est notre capacité à reconnaître et discerner.
- L’amour et la compassion sont présents dans cette aspiration universelle à être heureux et à être libres de la souffrance.
Ces qualités n’ont pas besoin d’être créées. Elles sont déjà là. Mingyur Rinpoche, pour enseigner les trois qualités de la nature profonde, a souvent recours à un geste très simple. Il lève simplement la main.
Et dans la perception de cette main levée, on retrouve à la fois :
- la conscience qui nous permet de voir, de faire l’expérience de cette perception
- la sagesse qui nous permet de reconnaître, de discerner, d’identifier que c’est une main
- et l’amour et la compassion qui ils viennent de notre motivation profonde : tout au fond de nous, en répondant à la proposition de Mingyur Rinpoche de voir cette main levée, nous cherchons une réponse à l’insatisfaction et une voie vers le bonheur.
Une autre image utile, très souvent utilisée par Mingyur Rinpoche dans ses enseignements, est celle de la lumière et de la flamme. La flamme éclaire et la flamme s’éclaire elle-même. C’est là la métaphore de la conscience qui n’a pas besoin d’être illuminée par une autre conscience qu’elle-même. On parle d’auto-luminosité. La flamme éclaire des objets autour, ce qui correspond à la conscience de quelque chose, et qu’on appelle dans le bouddhisme autre-luminosité. La main, ici, est un peu comme l’objet que notre conscience viendrait éclairer. La lumière n’est pas dans l’objet, mais bien dans la conscience. Ce que révèle la main n’est pas seulement une main, c’est la conscience qui l’éclaire.
Le rôle de la méditation est donc bien un rôle de reconnaissance, d’abord de notre capacité de conscience, de pleine présence. Mingyur Rinpoche rappelle que c’est tellement proche et tellement simple qu’il est très facile de passer à côté de notre nature profonde. Et en même temps, cette conscience, cette capacité de conscience, est toujours là avec nous 24h sur 24, même quand on dort. Seulement, on ne la voit pas. On se perd dans les objets, ce qu’on appelle la dualité. Ces objets peuvent être des objets de perception concrète, mais aussi toutes nos réactions à notre environnement extérieur ou à notre climat intérieur. Ils deviennent des objets de conscience et on leur donne un pouvoir énorme sur nous. Comment lever les voiles — kleshas — qui nous empêchent de voir que ce que l’on cherche a toujours été là ?
Mingyur Rinpoche, dans cette retraite destinée au tout public, propose trois reformulations d’enseignement bouddhiste traditionnel que je trouve particulièrement adroites.
La première est d’apprendre à être confortable avec l’inconfort (being OK with not being OK). Cesser de lutter contre chaque expérience désagréable permet déjà un relâchement de l’attachement et de l’aversion.
La deuxième est la présence. Revenir, encore et encore, à l’expérience immédiate permet de sortir progressivement du pilote automatique.
La troisième est d’être naturel. Lorsque nous cessons de réagir uniquement à partir de nos habitudes, la sagesse peut commencer à guider notre réponse aux situations.
Et tout cela commence dans la pratique formelle de la méditation. Nous sommes assis sur notre coussin. Très rapidement, quelque chose nous démange ou une tension se révèle. Voyons si nous arrivons à rester avec les modulations d’intensité de notre expérience sans y réagir de façon conditionnée et automatique. Il ne s’agit pas ici de rester immobile pour avoir l’air stoïque, mais de se laisser faire l’expérience de ce dont on est en train de faire l’expérience, sans y réagir comme on en aurait l’habitude. Non pas pour se torturer, mais pour voir que nous avons cette capacité d’être présent directement, naturellement, à tout type d’intensité physique, émotionnelle, mentale.
Évidemment, la méditation assise n’est qu’un petit laboratoire qui va se déverser sur le reste de notre quotidien ensuite. Dans chacun de nos mouvements, chacune de nos interactions du quotidien vont se jouer les mêmes habitudes conditionnées. Pouvons-nous rester présents à l’intensité d’une conversation sans y réagir de façon habituée ? Pouvons-nous faire l’expérience d’un inconfort physique sans se réfugier dans la plainte ou l’évitement ? Non pas pour se torturer, mais pour s’ouvrir à de nouvelles possibilités d’être. De cette façon, chaque moment de la journée devient une occasion de reconnaître nos habitudes, de revenir à la présence et de laisser davantage de place à une conscience ouverte qui puisse permettre des réponses sages et pleines de compassion à la situation telle qu’elle est dans le moment.
Dans cette perspective, nos difficultés ne sont plus des obstacles à la pratique. Elles deviennent précisément le lieu où elle peut s’exercer.
Ceci n’est qu’un tout petit extrait et résumé de l’expérience de cette retraite. Je ne peux que vous encourager à y participer avec curiosité. Ce n’est pas tellement dans le moment que les enseignements nous saisissent, mais souvent après, dans les moments où les inconforts surgissent.